Protection financière et sécurité sociale pour les salariés et fonctionnaires en arrêt maladie
Publié le 12 mars 2024

Penser que votre statut de fonctionnaire ou votre CDI vous garantit un maintien de salaire complet en cas d’arrêt est une erreur potentiellement coûteuse.

  • Les fonctionnaires voient leurs primes et indemnités chuter, créant une perte de revenu significative mais souvent invisible.
  • Pour les salariés, le niveau de protection dépend entièrement des détails de la convention collective, avec des écarts de revenu pouvant atteindre 20%.
  • Dans tous les cas, la protection légale et conventionnelle est limitée dans le temps, créant des « points de rupture » financiers après quelques mois.

Recommandation : Il est impératif d’auditer activement son architecture de protection personnelle au-delà de la fiche de paie pour identifier les failles et les combler avec une solution de prévoyance adaptée.

Que l’on soit agent de la fonction publique ou salarié du secteur privé, la sécurité de l’emploi est souvent perçue comme un rempart contre les aléas de la vie. On s’imagine protégé par son statut, sa convention collective, ou un système social solide. Cette confiance repose sur une idée simple : en cas d’arrêt maladie, le salaire sera « maintenu ». Pourtant, cette notion de « maintien » est l’une des plus grandes sources de malentendus et de déconvenues financières.

Beaucoup pensent qu’il suffit de vérifier sa convention ou de compter sur la Sécurité sociale. Or, la réalité est une architecture complexe, pleine de subtilités et de points de rupture. Entre les primes qui disparaissent, les indemnisations plafonnées et une durée de couverture limitée, l’érosion du pouvoir d’achat peut être rapide et brutale. Mais si la véritable clé n’était pas de se fier à une protection par défaut, mais de comprendre sa propre structure de revenus pour construire une garantie sur-mesure ?

Cet article n’est pas une simple liste de solutions. C’est un outil de diagnostic comparatif. Nous allons décortiquer, statut par statut, les mécanismes réels du maintien de salaire, identifier les failles cachées et analyser les stratégies pour bâtir une forteresse financière personnelle, capable de résister à un « pépin » de la vie.

Pour vous aider à naviguer dans ce sujet crucial, nous avons structuré cet article comme une analyse comparative. Chaque section aborde un aspect clé, vous permettant de diagnostiquer votre propre situation et de comprendre les leviers à votre disposition.

Pourquoi les fonctionnaires perdent leurs primes en arrêt maladie (et comment compenser) ?

Le statut de fonctionnaire est souvent synonyme de sécurité, notamment en matière de rémunération. Cependant, cette perception omet un détail crucial qui constitue une faille majeure dans l’architecture de protection : le régime indemnitaire. La rémunération d’un agent public se compose du traitement indiciaire (la base) et d’un ensemble de primes et indemnités qui peuvent représenter une part significative du revenu total. Or, en cas d’arrêt maladie, c’est sur cette partie variable que le bât blesse.

La règle est simple et douloureuse : les primes suivent le sort du traitement principal. En congé de maladie ordinaire, un fonctionnaire conserve 100% de son traitement indiciaire pendant les 3 premiers mois, puis 50% les 9 mois suivants. Par conséquent, ses primes sont également versées à 100% puis à 50%. Ce passage à mi-traitement sur la part indemnitaire crée une baisse de revenu bien plus importante que ne le laisse supposer la simple lecture du statut. C’est une érosion lente mais certaine du pouvoir d’achat, précisément au moment où les dépenses de santé peuvent augmenter.

Étude de cas : Impact financier de la perte des primes pour un professeur des écoles

Prenons le cas concret d’un enseignant percevant 2800€ mensuels, dont 400€ de primes et indemnités (ISOE, NBI, etc.). Dans la fonction publique d’État, ces compléments sont versés dans les mêmes proportions que le traitement. Les 3 premiers mois d’un congé maladie ordinaire, son traitement et ses primes sont maintenus à 100% (le temps de la subrogation). Passé ce délai, sa rémunération passe à 50%. La perte mensuelle sur les primes seules est alors de 200€ par mois pendant 9 mois. Sur une année complète d’arrêt, cette seule baisse représente une perte sèche de 1800€, impactant directement son « revenu réel » sans que son traitement de base ne semble drastiquement touché au début.

Pour compenser cette perte spécifique, la seule solution est de recourir à une prévoyance labellisée fonction publique. Ces contrats sont spécifiquement conçus pour couvrir la part indemnitaire non garantie par le statut. Ils agissent comme un complément sur-mesure, versant une indemnité qui vient combler l’écart entre le revenu habituel (primes incluses) et ce qui est réellement perçu en arrêt. C’est l’unique moyen de transformer une sécurité statutaire partielle en une véritable protection financière complète.

Comment vérifier si votre convention collective impose le maintien de salaire à l’employeur ?

Pour un salarié du secteur privé, la première ligne de défense après la Sécurité sociale n’est pas le contrat de travail, mais la convention collective nationale (CCN). C’est ce document qui fixe les règles du jeu en matière d’indemnisation complémentaire en cas d’arrêt maladie, souvent bien plus favorables que le minimum légal. Cependant, « lire sa convention » est un conseil trop vague. Il faut savoir quoi chercher et, surtout, comment interpréter les clauses qui peuvent sembler complexes.

La première étape est d’identifier votre convention. Le code IDCC (Identifiant De Convention Collective) est une mention obligatoire sur votre bulletin de paie. Une fois ce code en main, des plateformes comme Légifrance permettent d’accéder au texte intégral. Il faut alors rechercher les chapitres traitant de « maladie », « incapacité » ou « maintien de salaire ». L’enjeu est de décrypter trois informations vitales : les conditions d’ancienneté pour en bénéficier, la durée du maintien, et surtout, la base de calcul de l’indemnisation. C’est ce dernier point qui crée les plus grands écarts.

En effet, toutes les conventions ne se valent pas. Un maintien du « salaire brut » peut paradoxalement conduire à un revenu net supérieur à celui perçu en activité, tandis qu’un maintien du « net après déduction des IJSS » peut masquer une perte de pouvoir d’achat de 10 à 20%.

Le tableau suivant, basé sur une analyse des pratiques conventionnelles, illustre l’impact financier de ces différentes formulations. Il met en lumière pourquoi deux salariés avec le même salaire brut peuvent avoir des revenus très différents en arrêt maladie, uniquement à cause de leur convention collective.

Comparaison des trois types de maintien de salaire conventionnel
Type de maintien Base de calcul Impact sur votre revenu net final Exemple concret (salaire 3000€ brut)
Maintien du brut Rémunération brute habituelle Le salarié gagne plus qu’en activité (économie de cotisations sur IJSS) ~3100€ net (surcompensation de +100€)
Maintien du net Salaire net habituel reconstitué Revenu identique à l’activité normale ~2300€ net (équivalent au salaire normal)
Maintien du net après déduction IJSS Net habituel moins les IJSS nettes Perte de 10 à 20% du revenu ~1850€ net (perte réelle de 450€)
Les IJSS représentent environ 50% du salaire brut plafonné. Le type de maintien choisi par la convention peut créer un écart de revenu net de 20% pour un même arrêt.

Votre feuille de route pour vérifier votre convention collective

  1. Localisez l’IDCC (Identifiant de Convention Collective) sur votre bulletin de paie.
  2. Rendez-vous sur le site de Légifrance et entrez ce code IDCC pour accéder au texte intégral.
  3. Utilisez la fonction de recherche (Ctrl+F) avec les mots-clés : « incapacité », « maladie », « maintien de salaire ».
  4. Identifiez l’article clé et analysez la base de calcul : est-elle exprimée en « brut », « net » ou « net après déduction IJSS » ?
  5. Notez précisément les conditions d’ancienneté requises et la durée d’indemnisation pour votre statut (cadre/non-cadre).

Prévoyance individuelle ou adhésion au contrat groupe facultatif : le match coût/garanties

Une fois les limites de la protection statutaire ou conventionnelle identifiées, la question de la couverture complémentaire se pose. Deux grandes voies s’offrent alors : le contrat de prévoyance individuel, souscrit en solo, et l’adhésion au contrat collectif « facultatif » parfois proposé par l’employeur. Le choix n’est pas anodin et s’apparente à un arbitrage constant entre le coût, la personnalisation et la pérennité de la couverture.

Le contrat groupe facultatif a pour principal atout son coût. Grâce à la mutualisation des risques à l’échelle de l’entreprise, les tarifs sont souvent 30 à 40% inférieurs à ceux d’un contrat individuel. L’adhésion est également facilitée, avec une sélection médicale allégée, voire inexistante. C’est une porte d’entrée accessible à la prévoyance. Son talon d’Achille ? Le manque de flexibilité. Les garanties sont standardisées et ne tiennent pas compte de votre situation personnelle (crédits, charges de famille, revenus variables). Surtout, cette couverture est liée à votre employeur : en cas de changement d’entreprise, vous la perdez.

À l’opposé, la prévoyance individuelle est le choix du sur-mesure. Vous bâtissez votre protection brique par brique : niveau de revenu à garantir, couverture des primes, franchises, options invalidité… Le contrat est entièrement vôtre et vous suit tout au long de votre carrière, indépendamment de vos employeurs. Cette personnalisation a un prix plus élevé et l’adhésion est conditionnée à un questionnaire médical qui peut entraîner des surprimes ou des exclusions. C’est l’assurance d’une protection parfaitement alignée sur vos besoins, mais qui demande un investissement initial plus conséquent.

Plutôt que d’opposer ces deux solutions, la stratégie la plus fine est souvent de les combiner. C’est le principe de l’empilement stratégique (ou « stacking ») : adhérer au contrat groupe pour sa base économique et accessible, puis souscrire un contrat individuel complémentaire pour combler les lacunes spécifiques (couverture des primes, rente invalidité plus forte, franchise plus courte).

Le tableau suivant synthétise les points forts et les faiblesses de chaque approche pour vous aider à positionner le curseur selon votre profil de risque et votre budget.

Prévoyance individuelle vs contrat groupe facultatif : analyse comparative
Critère Prévoyance individuelle Contrat groupe facultatif
Portabilité ✅ Vous suit toute la vie, quel que soit l’employeur ❌ Perdu en cas de changement d’entreprise
Personnalisation ✅ Garanties sur-mesure adaptées à votre profil ⚠️ Garanties standardisées pour tous
Coût moyen 150-250€/mois (selon âge et revenus) 80-120€/mois (tarif mutualisé)
Conditions d’adhésion ❌ Questionnaire médical obligatoire, risque d’exclusions ✅ Acceptation facilitée, peu ou pas de sélection médicale
Fiscalité ⚠️ Cotisations non déductibles pour le salarié ✅ Part employeur exonérée de charges sociales
Stratégie optimale L’empilement : adhérer au contrat groupe de base + souscrire un contrat individuel complémentaire pour couvrir les lacunes spécifiques.
La mutualisation du contrat groupe permet des tarifs 30 à 40% inférieurs, mais la personnalisation de l’individuel offre une protection plus complète pour les profils à risque spécifique.

L’erreur de penser que le maintien de salaire est illimité dans le temps (durée max)

L’une des croyances les plus répandues et les plus dangereuses est de penser que le maintien de salaire, qu’il soit légal, conventionnel ou même via un contrat de prévoyance, est une protection éternelle. La réalité est que chaque étage de l’architecture de protection a une durée de vie limitée. Ignorer ces échéances, c’est s’exposer à des points de rupture financiers brutaux, où les revenus peuvent chuter drastiquement du jour au lendemain.

Le premier socle, celui de la Sécurité sociale, est déjà limité. Pour une maladie non professionnelle, les indemnités journalières (IJSS) sont versées pour 360 jours maximum sur une période de 3 ans glissants. Pour une Affection de Longue Durée (ALD), cette durée peut être étendue à 3 ans, mais elle n’est pas infinie. Le maintien complémentaire de l’employeur, dicté par la convention collective, est encore plus court : il dure souvent de 1 à 3 mois à 90% ou 100%, puis s’arrête ou diminue fortement.

C’est précisément à la jonction de ces différentes durées que se situent les plus grands risques. Un salarié peut se sentir en sécurité pendant les premiers mois de son arrêt, puis voir ses revenus s’effondrer une fois le maintien employeur terminé, se retrouvant avec les seules IJSS, qui plafonnent et ne compensent qu’une fraction du salaire réel.

Chronologie de la chute des revenus sur un arrêt prolongé

Prenons le cas d’un salarié cadre avec 10 ans d’ancienneté et un salaire de 4000€ brut, en arrêt pour une pathologie grave.

  • Mois 1 à 3 : Son employeur maintient 90% de son salaire. Complété par les IJSS, son revenu net est proche de la normale (~3400€).
  • Mois 4 à 12 : Le maintien employeur s’arrête. Il ne perçoit plus que les IJSS, plafonnées à environ 1800€/mois. C’est le premier point de rupture : il perd 55% de ses revenus habituels.
  • Après 3 ans : La période maximale de versement des IJSS pour une ALD est atteinte. Il bascule vers une pension d’invalidité de la Sécurité sociale, qui ne représente plus qu’environ 1100€/mois. C’est le second point de rupture, avec une perte de 72% de son revenu initial. Seul un contrat de prévoyance avec une garantie « rente d’invalidité » peut prendre le relais à ce stade, et ce, potentiellement jusqu’à la retraite.

Comprendre cette chronologie de la dégradation des revenus est fondamental. Cela démontre que l’enjeu d’une bonne prévoyance n’est pas seulement de compenser une perte de salaire à court terme, mais surtout d’assurer une continuité de revenu sur le long terme, en prenant le relais lorsque les systèmes de base s’épuisent.

Quand souscrire une garantie perte d’emploi couplée au maintien de salaire ?

La prévoyance « maintien de salaire » couvre le risque d’incapacité de travail dû à la maladie ou à un accident. Cependant, un autre risque pèse sur les revenus : la perte involontaire de son emploi. Pour y répondre, les assureurs proposent une garantie spécifique, souvent en option, qui vient compléter l’assurance chômage légale. Mais cette protection est-elle pertinente pour tout le monde ? La réponse est non. Il s’agit d’une couverture de niche, dont la pertinence dépend étroitement du profil de l’assuré et de sa structure de charges.

Cette garantie est particulièrement indiquée pour les personnes ayant des charges fixes mensuelles incompressibles et élevées, notamment un crédit immobilier récent. Perdre son emploi et passer à l’indemnisation Pôle Emploi (environ 57% du salaire de référence) peut mettre en péril la capacité à rembourser ses mensualités. La garantie perte d’emploi vient alors verser un complément de revenu, permettant de faire face à ses engagements le temps de retrouver une situation stable.

Cependant, cette assurance comporte de nombreuses exclusions qu’il faut connaître avant de souscrire. Elle ne couvre que les licenciements (hors faute grave ou lourde) et exclut systématiquement la démission, la rupture conventionnelle, ou la fin d’un CDD. De plus, son coût, souvent élevé, doit être mis en balance avec une alternative simple : la constitution d’une épargne de précaution. Dans de nombreux cas, épargner le montant de la prime d’assurance chaque mois peut s’avérer plus rentable et offre une flexibilité totale, sans conditions ni exclusions.

Checklist : La garantie perte d’emploi est-elle pertinente pour vous ?

  1. Analyse des charges : Avez-vous un crédit immobilier récent dont les mensualités dépassent 30% de vos revenus ?
  2. Contexte professionnel : Travaillez-vous dans un secteur économique considéré comme fragile ou en pleine restructuration ?
  3. Profil de travailleur : Êtes-vous indépendant avec des charges fixes importantes (loyer professionnel, salaires) ?
  4. Épargne de sécurité : Disposez-vous déjà d’une épargne de précaution capable de couvrir au moins 6 mois de vos dépenses courantes ?
  5. Exclusions contractuelles : Prenez conscience que la garantie ne couvre ni la démission, ni la rupture conventionnelle, ni la fin de CDD, qui sont des modes de rupture de contrat fréquents.

En résumé, cette garantie n’est pas un indispensable de la prévoyance. C’est un outil spécifique pour sécuriser un projet de vie majeur (typiquement un achat immobilier) face à un risque conjoncturel. Pour la majorité des salariés, une bonne gestion de l’épargne reste la première et la plus efficace des protections contre les conséquences financières d’une perte d’emploi.

Comment compléter les IJ Sécu avec un contrat de prévoyance individuel ?

Le rôle d’un contrat de prévoyance individuel est mathématique : il vient combler l’écart entre ce que vous versent la Sécurité sociale (et potentiellement votre employeur pour une courte durée) et votre revenu net de référence. Comprendre ce calcul est essentiel pour dimensionner correctement son contrat et ne payer que pour la protection réellement nécessaire. Le contrat agit comme un filet de sécurité financier qui se déploie lorsque les autres protections atteignent leurs limites.

Le point de départ est toujours le même : les Indemnités Journalières de la Sécurité Sociale (IJSS). Celles-ci représentent environ 50% de votre salaire brut, avec un plafond. Pour un salaire moyen ou élevé, cette indemnisation seule est très insuffisante et crée une perte de revenus immédiate de près de 50%. C’est cet écart, ce « trou dans la raquette », que la prévoyance vient combler. L’assureur vous versera des indemnités complémentaires journalières dont le montant est calculé pour que la somme (IJSS + indemnités prévoyance) atteigne le pourcentage de votre salaire net que vous avez choisi de garantir (souvent 80%, 90% ou 100%).

La simulation ci-dessous illustre de manière concrète l’impact d’un contrat de prévoyance. Pour un même salaire et un même arrêt, le revenu final du salarié couvert est drastiquement différent de celui qui ne compte que sur la protection de base, surtout une fois la période de maintien employeur révolue.

Simulation : Du salaire brut au salaire net maintenu avec prévoyance
Étape du calcul Salarié sans prévoyance (3500€ brut) Salarié avec prévoyance (3500€ brut)
1. Salaire brut mensuel 3500€ 3500€
2. Salaire net habituel ~2700€ ~2700€
3. IJSS (50% du brut plafonné) ~1700€ ~1700€
4. Maintien employeur (90% pendant 30j) ~450€ (complément 30 premiers jours) ~450€
5. Versement prévoyance individuelle 0€ ~800€ (après franchise, pour compléter jusqu’à 90% du net)
6. Revenu net final (après 90 jours d’arrêt) ~1700€ (-37% de perte) ~2500€ (-7% seulement)
La prévoyance individuelle compense l’écart entre les prestations de base et le salaire net de référence, pour une cotisation moyenne de 100-150€/mois.

Au-delà du montant, un expert en protection sociale souligne un point technique souvent négligé mais crucial dans le choix du contrat :

Il ne faut pas confondre la franchise ‘continue’ et ‘discontinue’ et son impact sur les arrêts de travail récurrents : la franchise discontinue comptabilise tous les jours d’arrêt sur une période (ex: 30 jours sur 12 mois), ce qui est crucial pour les maladies chroniques.

– Expert en protection sociale, Guide prévoyance et maintien de salaire – Apicil

Pourquoi votre statut (cadre, non-cadre, TNS) change tout à votre protection ?

Dans l’architecture de la protection sociale, le statut professionnel n’est pas un simple titre sur une carte de visite ; c’est la fondation sur laquelle tout le reste est construit. Être cadre, non-cadre, ou travailleur non salarié (TNS) détermine des niveaux de couverture par défaut radicalement différents, créant de profondes inégalités face à un même aléa de la vie, comme un accident ou une maladie.

Les cadres bénéficient généralement de la meilleure protection de base. La convention collective nationale de retraite et de prévoyance des cadres impose à l’employeur de cotiser à un régime de prévoyance à hauteur de 1,50% du salaire, avec une part dédiée à la couverture du risque « décès ». Cette obligation a conduit à la mise en place de contrats collectifs souvent avantageux, incluant des garanties maintien de salaire et invalidité robustes. Pour un cadre, la question n’est donc pas « ai-je une prévoyance ? » mais plutôt « ma prévoyance obligatoire est-elle suffisante ? ».

Pour les non-cadres, la situation est beaucoup plus hétérogène. Aucune obligation généralisée n’existe. Leur protection dépend entièrement de la générosité de leur convention collective de branche ou d’un accord d’entreprise. Certains secteurs (métallurgie, BTP) ont des régimes solides, tandis que d’autres (services à la personne, commerce de détail) offrent une couverture minimale. Le non-cadre doit donc être beaucoup plus proactif pour évaluer sa protection.

Enfin, les Travailleurs Non Salariés (TNS) sont les plus exposés. Leur régime obligatoire est le strict minimum. En cas d’arrêt, les TNS ne bénéficient que d’indemnités journalières plafonnées à ~68€ brut/jour via la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI), sans aucun maintien de la part d’un employeur. Pour eux, la prévoyance individuelle n’est pas une option, c’est une nécessité absolue pour éviter une catastrophe financière.

Étude de cas comparative : Marc (cadre) vs Luc (non-cadre)

Marc (cadre) et Luc (employé non-cadre) travaillent dans la même entreprise et sont victimes d’un accident similaire entraînant un arrêt de 9 mois.

  • Marc (cadre) bénéficie de la prévoyance obligatoire de son statut. Après les 3 mois de maintien employeur, son contrat de prévoyance prend le relais et complète ses IJSS. Son revenu moyen sur 9 mois s’élève à 3200€ net.
  • Luc (non-cadre) n’a pas de contrat de prévoyance via l’entreprise. Après les 3 mois de maintien employeur (prévu par sa convention), il ne touche plus que ses IJSS, soit environ 1400€ net.

L’écart est saisissant : pour un même accident, dans la même entreprise, Marc perçoit 73% de plus que Luc sur la période, uniquement grâce à la protection attachée à son statut. Cette différence démontre que le statut est le premier déterminant du niveau de risque.

À retenir

  • La protection sociale par défaut (statut, convention) est souvent une illusion qui masque des pertes de revenus significatives (primes, durée limitée).
  • Le véritable niveau de protection ne se lit pas sur la fiche de paie mais se calcule en analysant l’articulation entre IJSS, maintien employeur et garanties de prévoyance.
  • L’inaction est le plus grand risque. Un audit personnel de sa couverture est l’unique moyen de construire une protection financière sur-mesure et d’éviter une chute brutale de son niveau de vie.

Bilan de protection sociale : êtes-vous bien couvert en cas de « pépin » ?

Après avoir exploré les différentes strates de l’architecture de protection, des failles de la fonction publique aux disparités du secteur privé, une seule question subsiste : et vous ? Où vous situez-vous dans ce paysage complexe ? La seule façon de le savoir n’est pas de supposer, mais d’agir. Il est temps de passer de la lecture à l’action en réalisant votre propre bilan de protection sociale. Cet auto-audit n’est pas une démarche complexe ; il s’agit de rassembler quelques documents et de se poser les bonnes questions pour obtenir une vision claire de votre niveau de vulnérabilité financière.

L’objectif est simple : quantifier le « revenu réel » que vous percevriez si vous deviez vous arrêter de travailler demain pour une longue période, et le comparer à vos charges mensuelles incompressibles. L’écart entre ces deux montants est votre niveau de risque financier. Plus cet écart est grand, plus la souscription à une prévoyance complémentaire devient une urgence. Cet audit personnel est la pierre angulaire d’une gestion de patrimoine responsable ; il transforme une angoisse diffuse (« suis-je bien couvert ? ») en un plan d’action concret.

La démarche suivante vous guide pas à pas pour réaliser cet audit en moins de 15 minutes. C’est l’investissement le plus rentable que vous puissiez faire pour la sécurité financière de votre famille.

Votre plan d’action : auditez votre protection en 5 étapes

  1. Collecte des documents : Rassemblez votre dernier bulletin de paie (pour identifier salaire, ancienneté, IDCC) et votre contrat de travail (pour le statut cadre/non-cadre).
  2. Analyse de la couverture de base : Utilisez votre IDCC pour trouver votre convention collective sur Légifrance et déterminez la durée et le pourcentage de maintien de salaire employeur.
  3. Simulation de revenu en arrêt : Calculez le montant de vos IJSS (environ 50% du brut plafonné) et additionnez le complément employeur (s’il existe) pour estimer votre revenu mensuel après 3 mois d’arrêt.
  4. Évaluation de votre vulnérabilité : Listez vos charges mensuelles fixes (crédit, loyer, assurances, etc.). Comparez ce total à votre revenu simulé en arrêt. L’écart est-il tenable ?
  5. Identification des lacunes : Votre couverture actuelle protège-t-elle vos primes ? Disposez-vous d’une garantie en cas d’invalidité après l’arrêt des IJSS ? C’est ici que la prévoyance individuelle prend tout son sens.

En définitive, assurer son maintien de salaire n’est pas une dépense, mais un investissement stratégique dans la continuité de votre niveau de vie. Pour évaluer la solution la plus adaptée à votre profil et combler les failles identifiées lors de votre bilan, l’étape suivante consiste à obtenir une simulation personnalisée auprès d’un conseiller.

Rédigé par Marc Vasserot, Marc Vasserot est courtier en assurances avec 18 ans d'expérience. Il est expert en protection sociale complémentaire : mutuelle santé, prévoyance décès-invalidité et assurance emprunteur. Il aide les familles et les travailleurs indépendants à construire un filet de sécurité financière solide face aux aléas de la vie.